Vers un nouvel ordre regional en Asie de l'Est. Zornitza Grekova

Le rôle de la Chine et de l'Indonésie dans l'ordre régional en Asie de l'Est

 

Zornitza Grekova

http://www.reseau-asie.com/userfiles/file/B06_grekova_chine_indonesie_ordre_regional_asie_est.pdf

 

Courte introduction

La question des rôles que jouent la Chine et l'Indonésie dans l'ordre régional en Asie de l'Est est importante. Il est notamment remarquable que deux États qui adhèrent à des théories très différentes des relations internationales (constructivisme dans le cas d’Indonésie ; réalisme dit « westphalien » dans le cas de Chine) aient cependant un comportement assez proche dans les relations intra-régionales en Asie de l’Est. L’exposé montrera comment les politiques et les principes des politiques étrangères de la Chine et de l’Indonésie ont formé et influencé, le cas échéant, l'ordre régional de l'Asie d'Est. L’analyse de la situation politique régionale commencera avec la crise financière asiatique et continuera avec les moments importants de l’histoire régionale. On verra aussi comment ces politiques se confrontent dans le nouvel ordre du Sommet de l'Asie de l’Est – l’Asie de l’Est étant ici définie comme les États membres de l’ASEAN+3. Il faut bien noter tout au début que la Chine est cependant de plus en plus insérée dans cet ordre régional qu’elle compte influencer et que la croissance du degré d’intégration économique dans la région est régulière depuis la fin de la Guerre froide.

 

Exposé

La crise financière en Asie en 1997-1999 a commencé en Thaïlande et s’est répandu dans les régions de l’Asie du Sud-est et l’Extrême-Orient. Avant la crise Mr. Michel Camdessus a décrit les économies de l’Asie du Sud-est « comme l’essence même de la mondialisation – des économies ouvertes, dynamiques et avec des taux de croissances étonnantes ». Et ce sont ces mêmes économies qui étaient en plein bouleversement. Les causes primaires de cette crise sont les spéculations boursières mais au fond c’était une crise de mauvaise gestion des capitaux. En Indonésie la crise a résulté en une crise politique profonde qui a bouleversé la classe politique et la société. Elle a également provoqué la chute du régime de Suharto. En Chine la crise n’a pas touché l’ordre financier et économique à cause de la politique étatique de maintenir le cours du yuan.

Ce qui était encore plus étonnant était le fait que la crise financière asiatique devenait une crise du régionalisme asiatique. Malheureusement, APEC et ASEAN ne pouvaient pas contribuer au gouvernement adéquat de la crise tandis que l’ASEM a limité son activité à des déclarations sur l’importance du marché asiatique et les investissements européens.

Pourtant le gouvernement chinois a démontré non seulement sa bonne volonté mais il a pris des mesures concrètes pour aider les pays d’ASEAN à surmonter les défis de la crise. Au 16 décembre 1997 les dirigeants de l’ASEAN et la République populaire de Chine (RPC) ont conclu un accord sur « La coopération entre ASEAN et Chine vers XXI siècle ». Bien que la partie principale de cet accord ait concerné la coopération économique et les mécanismes pour faire face à la crise financière actuelle, il était de même un signe très clair de la durabilité de la politique chinoise.

Pendant ce temps, un autre développement politique était mis en place, l'ASEAN+3 qui englobe les pays d'ASEAN et les trois grandes puissances de l’Extrême-Orient : la Chine, la Corée et le Japon. Il a influencé positivement la direction du régionalisme de l’Asie du Sud-est vers une ouverture plus large géographiquement.

Lancé en 15 décembre 1997, à Kuala Lumpur, ce processus sera l’une des plus importantes initiatives émergentes au temps de la crise financière en Asie. Conçu comme base pour l'intégration dans la coopération entre l’Extrême-Orient et l’Asie du Sud-est en matière financière, ASEAN+3 à nos jours couvre déjà toute la sphère économique et même entre dans la sphère politique.

En 1997-1998, l’institutionnalisation de l’ASEAN+3 se concrétisait dans le temps troublé de l'instabilité politique et économique à travers l'Asie orientale. Le 3 août 1998 Vietnam en tant que président de l'ASEAN a invité les trois « grands » de l'Extrême-Orient pour participer au sommet en décembre 1998. Le second sommet de l'ASEAN+3 était entièrement provoqué par les effets de la crise économique. D'ailleurs, la Chine avait perçu ASEAN+3 comme un cadre utile pour démontrer son importance accrue au niveau régional et mondial. Son économie a parvenu à éviter la crise financière et ce qui a permis à la Chine de se comporter comme un acteur international responsable.

L’approfondissement des relations entre Chine et les pays de l’ASEAN a commencé pendant ce qu’on parfois appelle la Troisième Guerre d'Indochine (la guerre entre Vietnam, Laos, Cambodge entre 1978 et 1992 et la guerre simultanée entre Vietnam et Chine en 1979), mais la crise financière asiatique engendre leur véritable «épanouissement». La République populaire de Chine est moins touchée et elle est arrivée à gérer une politique financière flexible pour arrêter la dévaluation de yuan. Bien que son aide ne soit pas suffisante pour le recouvrement intégral des économies de l'Asie Orientale, il montre une nouvelle attitude des chefs politiques chinois envers la coopération régionale dans deux domaines particulièrement sensibles – la sécurité et l'économie. Cette politique de la RPC a conduit à une intégration économique accrue qui émergerait au fur et à mesure dans la région de l’Extrême-Orient. C’est un nationalisme économique naissant qui s'oppose au modèle de l'économie de marché libérale qui dominait dans les pays d’Asie.

Le concept du développement pacifique, développé par le conseiller politique Zheng Bijian, reflète l'idée que la Chine devrait suivre une voie de développement économique, pacifique et souverain. Ainsi la Chine ne devrait-elle pas être considérée comme une menace ou comme une nouvelle puissance hégémonique. Puisque le terme anglais «rise» se réfère souvent et il est associée à la théorie du réalisme politique, les dirigeants chinois préfèrent utiliser un autre mot – un développement pacifique. Cette notion reflète mieux l'abstinence de la Chine d’être une puissance hégémonique dans la politique mondiale et même dans la région de l’Asie de Sud-est. Le développement pacifique est étroitement liée à un monde harmonieux de paix, d'amitié et mutuellement bénéfique des relations que Chine essaie de construire.

La nouvelle attitude chinoise n’était pas acceptée sans équivoques par tous les pays d’ASEAN. Par exemple, Indonésie (en ce que concernait les avances chinoises) préférait de garder sa politique de méfiance engendré par l’histoire ambiguë. Cette politique ne va pas changer jusque les premiers mois du nouveau président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono qui a donné un nouvel élan de l’approfondissement du régionalisme de l’Asie de l’Est par la politique modérée et objective de son cabinet vers la Chine. Accordement, le président Yudhoyono définit le renforcement du rôle indonésien et son leadership dans le processus d’intégration en ASEAN comme l’un des objectifs les plus importants de son gouvernement. Cette politique a pour fondement la politique étrangère indépendante et active (connue aussi comme bebas-aktif) établie par M. Hatta dans les années cinquante du XXème siècle mais enrichie et complétée par les exigences de la réalité politique contemporaine. Le président Yudhoyono donne une nouvelle interprétation du principe de la politique étrangère indépendante et active. Au XXIe siècle à l'âge de la mondialisation la politique étrangère indonésienne est rendu semblable à «survivre dans un océan orageux ». De plus, l’objectif de la politique étrangère de l'Indonésie moderne est de transformer les ennemis en amis et les amis en partenaires. Elle a utilisé cette approche dans la formation de partenariats stratégiques au sein de la nouvelle coopération avec l’Asie et l’Afrique. La position géostratégique indonésienne lui permet de poursuivre une telle politique qui ne compromet pas la sécurité des pays voisins et plus généralement la paix et la sécurité internationales. Le président indonésien a déclaré à plusieurs reprises sa détermination de suivre inébranlablement le principe bebas-aktif. Cette politique s'est avérée efficace au fil des ans et surtout vers les pays voisins de l'Indonésie et la Chine.

L’approche principale stratégique dans la conduite de la politique étrangère indonésienne est celle des cercles concentriques. Cette stratégie prend en compte la proximité géographique, les sphères d'influence et les facteurs externes à l'Indonésie. L’environnement le plus proche d’Indonésie a un impact relativement important sur les aspects internes, ce que veut dire que les situations internes et externes sont reflétées à la même fois dans les décisions de la politique étrangère. Les relations avec ASEAN et ses sous-organisations font partie du cercle le plus proche. Selon les dirigeants indonésiens la mise de l’ASEAN au centre des objectifs de la politique étrangère signifie de mettre ASEAN au centre de la coopération multilatérale et diverse dans la région Asie-Pacifique. À cet égard, la politique étrangère indonésienne dans la région est concentrée sur l'expansion, l'intégration et l'amélioration des structures et des mécanismes de l'ASEAN. Le second cercle est dédié aux pays de l’Asie Orientale, y compris Chine, et traite comme les relations bilatérales ainsi que les relations au sein de l’ASEAN+3. La forte influence politique et économique des pays asiatiques orientaux sur l'économie indonésienne est celle qui détermine l’importance accrue de cette région.

Une autre question qui suggère des divergences entre les pays d’ASEAN et le gouvernement chinois est celle de la sécurité. Les deux parties mentionnées acceptent l’idée de la sécurité totale, qui englobe en soi la sécurité économique, politique, militaire, culturelle et d’autres. Le différend est historiquement basé sur la méfiance mutuelle. Il faut noter qu’après la fin de la Guerre froide et jusqu’au début du 21er siècle l’Asie de l’Est, le Forum Régional d’ASEAN (FRA) était établi en 1994 comme unique organisation de sécurité. Aucune autre institution « indigène » de sécurité n’était pas prévue. Pourtant ASEAN et ses sous-institutions pourraient offrir des solutions rationnelles des questions de sécurité par le biais de son « ASEAN Way » (l’approche de l’ASEAN) et  par des négociations au sein de FRA. La Chine a recoulé de son principe de réalisme dit de « Westphalien » quand elle a accepté en 2002 de conclure une déclaration sur la conduite des parties dans la mer de Chine du Sud. 

L’amélioration des relations entre la Chine et les pays de l'ASEAN et, en particulier Indonésie, est reflétée aussi dans l'approfondissement de l'intégration au sein de l'ASEAN. À son tour, ce développement contribue à la création et le renforcement du régionalisme de l’Asie de l’est.

Une nouvelle étape dans la coopération politique entre la Chine et les pays d'Asie du Sud-est a commencé en 1999 quand Vietnam, Thaïlande, Brunei et Malaisie ont signé un accord de coopération à long durée avec la Chine. Dans la seconde moitié de 2000 des accords ont été signés entre la Chine et les gouvernements de Singapour, Indonésie, les Philippines et Myanmar. Ces accords de coopération ont souligné que les relations bilatérales seraient construits sur les «normes fondamentales consacrés par la Charte des Nations unies, les cinq principes de coexistence pacifique, le traité sur l'amitié et de coopération de l'ASEAN de 1976 et loi internationale ». Ces accords sont considéré comme une partie intégrale des relations entre Chine et ASEAN et de l'effort concerté des autorités chinoises pour améliorer les relations politiques et diplomatiques avec l'organisation et de renforcer la coopération économique.

Un document indicatif de la politique conduite par Pékin est le contrat entre la Chine et l’Indonésie qui cite comme base des relations bilatérales les dix principes (dasasila) de la Conférence de Bandung en 1955. Ceci pourrait être considéré comme un signe de la volonté des parties contractantes de développer une coopération bénéfique pour eux ainsi que pour tous les autres pays et peuples.

L’année 2003 est particulièrement importante pour le développement des relations sino-indonésiennes et pour la coopération grandissante entre la Chine et l’ASEAN. Pendant cette année, l'Indonésie est le président de l'ASEAN. A la septième Sommet de l’ASEAN, le 8 Octobre 2003, à Bali, Indonésie, la Chine et l'ASEAN ont signé une déclaration sur le « partenariat stratégique pour la paix et la sécurité ».

Plus récemment, en 2005, l’ASEAN et la Chine ont adopté un « Plan d'action » pour la mise en œuvre du partenariat stratégique pour le période 2005-2010. Ce plan a deux objectifs principaux. Tout d'abord, de renforcer le « partenariat stratégique pour la paix, le développement et le progrès régional» et de promouvoir la coopération entre les pays signataires à surmonter les défis du nouveau millénaire. Le deuxième objectif est de promouvoir la mise en œuvre de la Déclaration de l'ASEAN de 2003 qui a conduit à la création de la Communauté de l'ASEAN. L'inclusion de cet objectif dans le plan marque un changement radical dans l'attitude de la Chine vers l'ASEAN comme un partenaire et démontre sa volonté de contribuer à la stabilité de la région de l'Asie de l’Est à travers la promotion des positions chinoises dans les yeux des dirigeants de l'ASEAN.

Les relations entre l’Empire du Milieu et les pays d’Asie du Sud-est sont mises en épreuve par le nouveau mécanisme de coopération – le Sommet de l’Asie de l’Est (East Asian Summit). Pour la vision du monde chinois il est un grand défi à changer leur opinion, notamment en ce qui concerne les territoires et leurs voisins les plus proches géographiquement. Les derniers étaient traditionnellement considérés, sinon avec un mépris, au moins avec un fort sentiment de supériorité. L'égalité dans les yeux des dirigeants chinois est considérée comme une concession considérable pour que les dirigeants asiatiques puissent vouloir plus. Pourtant, l’Asie orientale connue sous la forme de l’ASEAN+3 parviennent à rester un partenariat fort.

 

Conclusion

L'intégration régionale en Asie du Sud-est a conduit à une meilleure compréhension entre la Chine et les nations d'Asie du Sud-est, en particulier l'Indonésie. À son tour, cette compréhension améliorée a pour conséquences la transformation du régionalisme de l'Asie du Sud-est vers un régionalisme d’Asie de l’Est qui depuis 1997 a pris la forme de l'ASEAN +3 et, depuis 2005, la forme de « Sommet de l’Asie de l’Est ».

Le régionalisme de l’Asie orientale sera de plus une priorité de la politique étrangère non seulement de l’Indonésie et de la Chine, mais aussi des autres pays d'Asie de l’Est. L’Inde, la Russie et les États-Unis montrent un effort pour approfondir ses relations avec les organisations régionales, qui portent l'idée du régionalisme dans cette région. Grâce à la mise en œuvre réussie du régionalisme en Asie orientale comme un objectif de leur politique étrangère, l'Indonésie et la Chine vont devenir des facteurs importants sur la scène internationale, tout en conservant leur désir d'être des moteurs de la coopération « Sud-Sud ».

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